06.04.2005
Délivrance

Elle en avait assez vu, assez entendu. Elle était ainsi, elle n'y pouvait rien. Elle essayait de changer, n'y parvenait pas. Elle faisait des efforts, pourtant. Beaucoup d’efforts. Elle se surpassait pour eux. Elle qui avait peur des hommes, elle tentait d’aller vers eux. Eux la repoussaient. La jugeaient pour ce qu’elle était. Pour ce qu’elle faisait. Pour ce qu’elle disait. Elle ne le cherchait pas, pourtant. Elle n’était pas si différente. Un peu plus menue, peut être. Un peu plus pâle. Un peu plus belle… Un peu plus mélancolique…
Elle aimait la vie, elle aimait la tranquillité, le calme caractéristique de sa petite chambre sous les toits. Le jardin sans fin au bout du chemin. Le ciel, toujours bleu, si bleu, profond… Elle aimait la philosophie, elle aimait les plantes, elle aimait les arbres. Elle croyait en les hommes, malgré leur folie. Elle aimait les livres. Elle aimait la liberté, enfin. Liberté de mouvements, liberté de parole, liberté de pensées.
Eux cherchaient à être les plus forts. Ils n’aimaient pas les gens différents. Sans cesse ils La critiquaient. Lui faisaient des reproches, l’humiliaient. Elle laissait couler. « La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe »… Elle ne les écoutait pas… Elle fermait les écoutilles de son cerveau, elle l’imperméabilisait. Les « elle en a rien à foutre de nous », les « de toute façon, elle nous déteste, elle se croit plus intelligente que les autres »… lui passaient à cent lieues au dessus de la tête… Elle n’avait pas d’amis.
Une amie. Un seul être qui la comprenait. Mais qui était possessive et égoïste. Ne lui laissait plus un instant de répit. « Viens, on va faire du shopping ! », « Viens on va au cinéma ». Tous les jours, tous les jours, sans arrêt. Un refus et c’était la crise de jalousie. « De toute façon tu en as rien à foutre de moi tu penses qu’à toi ! » Cette fois là fut une fois de trop. Elle avait besoin de bouger, de changer, besoin irrésistible d'envoyer valser sa vie, les autres.
Elle en avait trop vu, trop entendu. Elle ouvrit en grand les écoutilles de son cerveau, et ce qui en sortit fut un flot de hurlement et de larmes, larmes de rage, de colère et d’amertume. Elle en avait assez d’être jugée pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle faisait, pour ce qu’elle disait. Elle avait besoin de la tranquillité caractéristique de sa petite chambre sous les toits, elle avait besoin de liberté et de calme. Elle hurla à son amie tout ce qu’elle avait sur le cœur. Celle-ci fut irrémédiablement vexée.
Elle en avait assez de faire des efforts pour faire plaisir à son amie et d’être récompensée par des crises. Elle en avait assez que son amie la prenne pour un objet. Elle n’était pas un objet. Elle était elle. Elle avait cru en les hommes. Elle n’y croyait plus. Leur folie était incurable. La sienne avec. Elle courut vers Eux, elle leur hurla ce qu’elle avait sur le cœur. Elle n’était qu’une fille qui aspirait à la tranquillité, au calme, à la liberté. Elle ne leur demandait rien. Elle avait essayé d’être sympa, ils l’avaient découragée.
Elle courut droit devant elle, à travers les rues désertes et la ville de béton. Elle se précipita dans le petit chemin, vers le jardin. Il était désert, lui aussi. Les gens étaient au Temple à cette heure-là. Les adultes. Pas Elle. Elle était trop jeune encore. Le temple, c’était pour les grands. Elle courut vers le fond du jardin, bousculant au passage les ronces dont personne ne s’occupait. Elle se griffa le visage, les mains, ses bras et ses jambes nues sous sa robe de printemps.
Le bassin. Tout au fond du jardin. Sous des rochers gris de calcaire, à côté d’un arbre. Elle plongea et s’assit au fond de l’eau claire et fraîche, en apnée. Elle réfléchit longuement. Le temps que ses petits poumons pouvaient supporter. Puis elle inspira profondément. Elle sentit l’eau froide dans sa gorge, qui descendait peu à peu dans ses poumons. Elle toussa un peu, ce qui eut pour effet de lui faire aspirer encore de l’eau.
Elle repensa une dernière fois à sa vie. Inspira. Elle n’était plus. Personne ne la retrouva jamais. Personne ne la chercha même. Pas même son amie, irrémédiablement vexée, qui pourtant se permit, comme tous les amis des disparus, de se servir dans Sa chambre… Mais une fois que ce fut fait, elle aussi l’oublia.
Mais Elle était enfin libre, enfin tranquille, enfin au calme... Elle accédait enfin à la sérénité totale... La liberté. Elle parcourait enfin les cieux, tel un oiseau, loin d'eux....
22:34 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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Commentaires
Mais... ..mais, comment être libre lorsque l'on est plus?
On est débarassé de ce que l'on subit si l'on en prend conscience. Ne plus exister, c'est mettre un point final à l'histoire. En aucun cas la liberté, la délivrance viennent ce glisser entre le point final et les mots de douleurs.
Ou comment dire que le suicide n'est pas la dernière solution, mais tout simplement pas une solution.
Ou alors, j'ai mal compris, et elle n'est pas morte...
Croyante? Je passe mon chemin...
Écrit par : Osmapdt | 13.10.2005
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