17.04.2005
L'inconnu
L'Inconnu
"On ne voit bien qu'avec le coeur,
L'essentiel est invisible pour les yeux..."
(Saint Exupéry)
Un jour que j'étais occupée à pleurer pour un détail futile qui me chagrinait, seule dans la rue, je vis s'approcher de moi un jeune homme. Un inconnu. Il avait un regard vide, vitreux, et semblait ne pas me voir... Pourtant, il me demanda :
« Eh bien, mademoiselle, pourquoi pleurez-vous ?
- Je pleure car je suis triste… mon amie est perdue… »
L’homme s’éloigna, l’air contrit.
Quelques jours plus tard, alors que je me trouvais au même endroit, le même homme s’approcha, et d’une voix claire :
« Eh bien, mademoiselle, pourquoi pleurez-vous ?
- Je pleure car l’amie que je croyais perdue est revenue… »
Encore quelques jours plus tard, quelle ne fut pas ma surprise quand mon jeune homme revint.
« Eh bien, mademoiselle, pourquoi pleurez-vous ?
- Je ne pleure pas… Seuls mes yeux pleurent… Voyez-vous, je suis enrhumée… »
Alors le jeune homme éclata :
« Vos yeux ne vous servent-ils qu’à pleurer ? Ne pouvez vous voir la beauté du ciel et de la mer, la clarté d’une prairie en fleurs, l’illumination d’une plaine enneigée ? Ne pouvez vous voir ceux qui demeurent à vos côtés, vous soutiennent et vous aiment ? Si tel est le cas, alors même moi, l’handicapé, le mal voyant, l’aveugle, alors même moi qui ne peux voir la beauté du ciel et de la mer, la clarté d’une prairie en fleurs ou l’illumination d’une plaine enneigée, je vois mieux que vous. Car moi, l’aveugle de naissance qui n’ai jamais connu tout cela, je vois ceux qui m’entourent, ce qui me soutiennent et ceux qui m’aiment. »
Je ne trouvais que répondre… Pendant qu’un ange passa, je me rappelai que cet homme, que je n’avais pas reconnu, était mon voisin depuis dix ans… Je m’en voulus de ne pas l’avoir vu… Il allait s’en aller lorsqu’il me lança encore :
« Pour vous, est-ce la même chose d’être triste, heureux ou malade ? Dans ces trois états vous pleurez… Pourtant, ce n’est pas la même chose. Moi qui ne peux pleurer, quand je suis triste, je reste muet. Quand je suis heureux, je ris. Quand je suis malade, je renifle… Quand… Quand j’aime je le dis. Je vous aime. »
12:27 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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