06.05.2005

Chapitre II --- Départ précipité

La ville était encore endormie, ce matin-là. Les gens dormaient encore, car l’Aube argentée n’était pas encore apparue, au dessus de la brume lointaine.

C’était l’heure où tout est gris. L’herbe, les maisons, les forêts, les montagnes. L’eau de la Maar commençait seulement à miroiter par endroit, et était en partie recouverte de reflets roses, bleus ou verts.

Les gens ne virent pas, au loin, la brume s’épaissir. Ils ne virent pas non plus cinq Homs se glisser furtivement dans une maison abandonnée… Ils ne sentirent pas la peur subite, ce sentiment qui glaçait le sang des animaux et leur serrait le cœur. Les Alfes verts de la forêt avaient ressenti quelque chose, mais ils n’auraient su dire quoi. Leur cœur se serrait, leur gorge se nouait. Ils n’avaient pas été assez attentifs.

Les hommes rêvaient de leur femme et de leur travail, les femmes rêvaient de leur famille, et les enfants de voyages et de liberté.

Une seule créature savait ce qui se tramait. Mais elle était loin, bien trop loin, prisonnière sur la lointaine île d’Oio. Elle ne pouvait donc pas intervenir ; et puis, qu’aurait-elle pu faire, si seule, contre ces Homs ? Il aurait fallu avertir les habitants… Mais il était trop tard… Ils devraient se

débrouiller pour vaincre le mal qui s’abattrait sur eux d’un instant à l’autre…

La créature se sentait responsable, elle aurait voulu se suicider pour protéger son peuple… Mais elle ne pouvait presque pas bouger, et était surveillée sans arrêt aucun par ses geôliers…

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Bientôt, la Lùn apparut. Une étoile brillante comme un bijou argenté, qui éclairait les terres de l’Archipel pendant douze heures tous les jours… Au loin, un oiseau chanta. Peu à peu, la petite ville de Svaal s’éveilla. Les hommes et les femmes partirent travailler. Les enfants restèrent encore un peu au lit, car aujourd’hui était leur premier jour de vacances de cette année mille douze.

Un peu plus tard, les enfants envahirent les rues par petits groupes, tandis que la Lùn finissait de se lever. Ils parlaient, riaient, jouaient, sous l’œil bienveillant des commerçants à qui cela rappelait de beaux souvenirs… « Ah, la jeunesse… »

Dans la dernière maison de la ville, au bas de la colline, en bordure de la forêt :

- Eole, réveille-toi ! Notre rendez-vous ! On va être en retard…

Une grande chambre. Murs de bois clair. Poutres cylindriques de bois clair également accrochées les unes aux autres par de la ficelle blanche. Au sol, un tapis rouge et ocre, posé sur un très beau plancher. Au mur, accrochée à une poutre, une couverture dans les mêmes tons… Au fond, quelques plantes, dans des pots de terre. A coté de celles-ci, un instrument de musique ressemblant à une mandoline, mais plat. Un lit, superbe…En bois coupé à la manière de bois de cerf… Une couverture rouge et ocre recouvrant une bosse…

La couverture remua un peu, puis une jeune fille en sortit, l’air endormi. Elle était plutôt grande, elle mesurait un mètre trente-cinq. Elle avait seize ans. Elle était très pâle, ce qui faisait ressortir ses yeux gris. Son beau et doux visage était encadré par de longs cheveux noirs en bataille qui lui tombaient au bas des reins. La couleur de ses cheveux contrastait avec ceux de la plupart des habitants de l’Archipel, car presque tout le monde ici les avait blonds ou châtain clair. Ses bras, ses jambes et ses mains étaient longs, fins, et musclés.

Quant au jeune homme qui se tenait devant elle, il se nommait Tim et était son jumeau. Il était encore plus grand qu’elle : il mesurait un mètre quarante-cinq, ce qui était presque un record. Ses yeux en amandes étaient les mêmes que ceux de sa sœur. Son visage donnait de la joie à celui qui le voyait. Ses cheveux bouclés, dorés comme les blés lui tombaient en cascade sur les épaules. Enfin, Tim était très musclé, comme la plupart des jeunes gens de son âge et de son pays. Il était vêtu d’une tunique noire et d’un pantalon de peau beige.

Eole se dirigea vers la salle de bain et en ressortit quelques minutes plus tard, vêtue de sa robe en peau beige. Elle portait également un bijou au cou. Un pendentif en forme de dragon, très fin et discret, en argent. Elle n’avait pas coiffé ses cheveux, car elle aimait les avoir en bataille.

Pendant ce temps, Tim avait sorti leurs éoliennes. Celles-ci avaient été créées par Eole, car à l’école, elle suivait des cours de lutherie avec Tziimù, le maître incontestable et incontesté des instruments de musique.

Les éoliennes étaient des sortes de mandolines plates avec des formes originales. Les éoliennes basses n’avaient que trois cordes, les autres sept. Enfin, Eole avait ajouté à ses créations une touche personnelle et secrète qu’elle n’avait jamais révélée à personne, pour qu’il y ait des effets originaux de son.

Ils sortirent vite de la maison, et coururent en direction de la forêt, sans se faire voir. Prairie verte, herbe grasse et d’un vert superbe… Au bout de dix minutes de course effrénée à travers les buissons et les branches des arbres, ils parvinrent à une petite clairière. Là, assis en cercle, trois jeunes gens les attendaient, les yeux fermés, respirant l’air pur de la forêt : Ise, Lou et Sami. Sans ouvrir les yeux, Ise les accueillit de ces mots :

- Vous êtes en retard.

Sa voix était douce. Elle ouvrit ses grands yeux verts et regarda les deux retardataires avec un grand sourire. Elle attrapa une éolienne posée au sol… Une basse, puisqu’elle n’avait que trois cordes… Puis elle se leva.

A leur tour, Lou et Sami les regardèrent en souriant, puis se levèrent.

Sami avait devant lui une mandoline classique. Quant à Lou, il avait tout un assortiment de percussions.

Les cinq amis se rassemblèrent au centre de la clairière et se mirent en cercle. Tous fermèrent les yeux. Le premier à jouer fut Lou. Il donna le tempo puis rajouta peu à peu d’autres percussions. Puis ce fut au tour d’Ise. En rythme, elle joua des notes. Celles-ci étaient graves. Puis Tim joua un rythme sur son éolienne, suivi de Sami sur sa mandoline. Enfin, Eole se mit à jouer. Ses notes étaient aiguës et pures. Un petit vent frais se leva, leurs yeux étaient toujours fermés. Mais ils sentaient des yeux posés sur eux, des oreilles tendues. Les Alfes. Ils étaient là, à côté d’eux, tout près de la clairière. La musique de ces jeunes humains était très étrange, mais ils l’appréciaient. Les Alfes étaient silencieux et immobiles, les oiseaux et les animaux aussi ; seul le vent accompagnait les jeunes musiciens.

Au bout d’un long moment, le silence retomba. Les oiseaux se remirent à chanter, les animaux à courir. Les Alfes, dans un bruissement de tissu repartirent vers leur demeure cachée, au cœur de la forêt, le cœur empli de joie et la tête remplie de musique.

Les cinq amis s’assirent en rond, posèrent leurs instruments. Ils discutèrent tout l’après midi. Des vacances, de leur vie sur l’île, des Alfes.

De retour à la ville, ils virent des musiciens qui, les apercevant, regardèrent leurs éoliennes avec suspicion… Leur musique était traditionnelle. Une flûte de Neostaa, une mandoline, un tambour. Ils jouaient un air de fête, de vacances, de paix.

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« Les enfants, réveillez-vous ! »

La dernière maison de la ville, tout en bas de la colline, à l’orée de la forêt.

Eole et Tim se levèrent, les yeux endormis, chacun dans sa chambre.

« Je pars travailler. N’oubliez pas que vous avez rendez vous au sommet dans un quart d’heure. »

Puis elle sortit de la maison et se dirigea vers l’école. Elle en était la directrice. Elle devait prendre les inscriptions et les réinscriptions pendant encore un mois.

Une fois prêts, les enfants coururent vers le sommet de la colline. Leurs amis étaient arrivés. Ise regarda un instant la Lùn : ils étaient pile à l’heure, chose plutôt rare.

Du haut de la colline, on pouvait voir toute la plaine de Noótar… Du bas de la colline jusqu’à la Maar, le sol était d’un vert clair et joyeux… Au loin, on apercevait les flots dorés par la Lùn. En regardant bien, on pouvait même admirer la danse gracieuse de quelques Huos… Et plus loin encore, loin, très loin au Sud, la Brume… grise et froide, à la fois effrayante et mystérieuse… A l’Est, le regard embrassait la plaine jusqu’au Mont gris… Montagne froide et isolée du reste du pays par quelques autres montagnes plus petites… Lorsqu’on regardait les plaines qui se trouvaient entre Svaal et le Mont Solitaire, on voyait un dégradé de couleurs qui allaient du vert pré jusqu’au jaune paille… Couleur de l’herbe des plaines désolées de l’Est…

Tous les cinq se mirent à flâner. Ils visitaient les boutiques en discutant, comme tous les jeunes de leur âge. Ils regardèrent les livres, les disques et les films. Puis ils descendirent tranquillement la colline, en direction de la forêt. Ils passèrent devant la maison des jumeaux. Et là, ils firent une rencontre…

« C’est vous Eole et Tim ? »

Une voix froide et métallique, plutôt grave. Les amis sentirent leur sang se glacer. Ils regardèrent la tête de l’étranger qui leur parlait : il avait une apparence d’Homme, mais les amis savaient qu’il n’en était pas un. Il était blanc et très maigre, squelettique. Une sorte de halo noir entourait et cachait son visage. Il était vêtu d’un grand tissu blanc. Il portait enfin une très longue épée blanche qui semblait recouvert de quelque poison ou de sang séché.

« Euh… Non… Non, nous ne connaissons pas d’Eole ni de Tim… »

L’Hom (car il s’agissait bien d’un Hom, même si les enfants ne le savaient pas) émit une sorte de rire effroyable et s’en alla en flottant. Eole et Tim ressentirent à cet instant un grand froid les pénétrer : l’Hom avait lu dans leurs pensées. Ils se sentirent défaillir.

Quelques minutes plus tard, tous deux furent réveillés par les appels de leurs amis. Ils tremblaient et se sentaient très mal. Ils avaient très froid, avaient la nausée et des vertiges.

Lorsque ils allèrent mieux, tous les cinq partirent en courant vers la forêt pour prévenir les Alfes. Malheureusement, quelqu’un les avait vu et s’apprêtait à les dénoncer : Aelie, la cousine d’Eole et de Tim. Elle les détestait, sentiment d’ailleurs partagé.

Aelie avait le même âge qu’eux. Elle leur en avait toujours voulu d’avoir des amis tels que Sami, Lou et Ise. Elle aurait donné n’importe quoi pour être à leur place…

Arrivés à la clairière, les enfants hurlèrent pour appeler les Alfes. Ceux-ci ne furent pas longs à arriver.

« Vite ! Nous avons vu un homme bizarre ! Près de la forêt ! »

- Ce n’en était pas un…

- Mais c’était quoi ? Comment le savez-vous ?

- Nous le sentons. C’était un Hom. Et il n’y en a pas qu’un.

Eole, Tim, Lou, Sami et Ise se regardèrent avec des yeux terrifiés. Les Homs existaient donc réellement ? Ce n’étaient pas que des monstres inventés pour faire peur aux enfants ? Et pire que ça, il y en avait sur leur île ? Ils étaient pétrifiés par cette nouvelle et se regardaient. Au bout d’un moment, un Alfe les « réveilla » :

- Eh, les jeunes ! Il va falloir retourner là-bas avant que quelqu’un ne s’aperçoive de votre absence !

Les cinq amis se retournèrent donc et coururent vers la maison de Tim et Eole… où les attendait Ween, leur mère. Elle était rouge de colère. On aurait presque pu voir de la fumée s’élever de ses oreilles. Les amis pâlirent… surtout ses enfants !

- Je peux savoir ce que vous faisiez dans la forêt ? Vous savez que si quelqu’un d’autre l’apprenait que moi, je risquerais mon travail ?

- Nous avons vu un Hom et sommes allés prévenir les Alfes…

A ces mots, Ween pâlit, mais, se ressaisissant :

- Oui, bien sûr, et moi je suis la doyenne d’Aasla ! Mettez-vous cela dans la tête : les Homs n’existent que dans les contes pour les enfants !

- Maman, je te jure !

- Je n’en crois pas un mot ! En tout cas, je vous interdis d’y retourner ! Heureusement qu’Aelie, votre cousine, m’a prévenue ! Parce que si les Alfes apprenaient ça, je ne suis pas sûre qu’ils l’apprécieraient.

Les enfants étaient effondrés. Douze ans durant, ils avaient réussi à cacher aux hommes leurs escapades dans la forêt. Mais ce jour-là, ayant eu peur, ils n’avaient pas fait assez attention. Ils s’étaient trahis eux-mêmes. Désormais, ils devraient être très prudents, plus que jamais. Ils seraient probablement surveillés…

En réalité, Ween savait que les Homs existaient. En effet, son mari, le père d’Eole et de Tim avait été enlevé par eux, elle en était certaine. Depuis deux ans, en effet, elle ne recevait plus de nouvelles...

De plus, lorsqu’elle était petite, ses parents avaient été tués et ses frères et sœurs emmenés comme esclaves. Etant allée camper avec ses amis, elle avait échappé au rapt. Trois jours plus tard, elle avait trouvé sa maison dévastée, ses parents morts, et… plus de trace de ses deux petites sœurs et de ses trois petits frères.

A cause de cela, elle vouait aux Homs une haine sans limite.

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Le lendemain, ils retournèrent dans la forêt, mais loin de la ville. Ils ne voulaient pas être vus. Ils jouèrent longtemps de la musique. Cela les apaisa, et leur fit beaucoup de bien.

Ils rentrèrent tôt chez eux pour arriver avant leurs parents.

Ween rentra peu avant le coucher de la Lùn. Elle était pâle et paraissait fatiguée. Elle semblait avoir vu un fantôme.

« Je… J’ai… »

Et elle s’effondra, évanouie. Dix minutes plus tard, grâce aux soins du guérisseur, elle revint à elle, l’air plus épuisé que jamais. Elle frissonna. Le guérisseur, après avoir donné des instructions aux enfants, s’en alla.

- J’ai vu trois Homs. Je ne sais pas à quoi ça ressemble mais je sais qu’ils étaient des Homs. Ils étaient blancs et maigres. Je n’ai pas vu leurs visages, mais leurs voix étaient immondes. Ils m’ont parlé de votre père. Ils m’ont dit… qu’il était l’un de leurs amis… Mais c’est faux, je le sais. Et pourtant, j’ai été tentée de les croire… Leurs voix avaient changé… Elles étaient devenues claires, ils paraissaient amicaux… Ils voulaient… une boîte que m’a remise votre père peu avant de partir, voilà seize ans. Je ne l’ai jamais ouverte, je ne sais pas ce qu’elle contient…

« Je dois l’ouvrir, je dois savoir… En quoi cette boîte les intéresse-t-elle ? Oh, Eel… Eel… Où es-tu ?

Elle se leva faiblement puis retomba. Tim s’approcha doucement…

« Maman… Calme-toi. Je vais aller chercher cette boîte. Où est elle ?

Mais elle ne répondit pas, elle fixait un point, à l’horizon. Tim fit signe à Eole de rester avec elle, puis il partit à la recherche de la mystérieuse boîte, cachée quelque part dans la maison.

Une heure durant, Ween appela son mari, Eole tenta de la calmer et Tim chercha la boîte. Il finit par y parvenir. Elle était dissimulée dans le sol, dans la chambre de Ween. Il l’ouvrit devant sa mère et sa sœur. Elle contenait quatre photos, une carte, un morceau de lave blanche, et de l’eau dans un petit flacon en verre. L’une des photos montrait des volcans, des volcans et encore des volcans. La seconde montrait des Homs, terrifiants. La troisième une sorte de brouillard épais où l’on ne voyait absolument rien. La dernière montrait des hommes et papa. Mais ces hommes ne pouvaient en être… Ils étaient beaucoup plus grands que papa ! Ils mesuraient au moins… un mètre soixante-quinze !!

La carte montrait l’Archipel. Mais elle était fausse : elle montrait une île au Sud Ouest d’Aasla… Personne n’avait jamais vu d’île, là-bas ! Et pourtant… il y avait plusieurs volcans, comme sur la première photo. Et il n’y avait pas de lave blanche dans l’Archipel…Sur cette carte, il y avait également un lac au milieu de la Forêt d’Aasla, qui était nommée : Bois de Gayam.

Cette boîte renfermait de grands mystères…

Tim, sans prévenir sa mère, en cachette dans sa chambre, remplaça les quatre photos par quatre autres de sa ville, le flacon par un flacon d’eau de la Maar, le morceau de lave par un galet blanc de la plage, au Sud de Svaal et la carte par une autre de l’Archipel. Mais une carte officielle. Ainsi, si Ween craquait, les Homs n’auraient pas ce qu’ils désiraient. Puis il cacha les objets dans un petit sac de toile beige qu’il avait toujours sur lui, sous sa tunique.

Avec la boîte, il avait trouvé une petite pochette qui contenait quelques lettres. Il la rangea dans son sac. Il les lirait plus tard. Après avoir fait cela, il remit la boîte à sa place.

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Le lendemain, Ween allait mieux. Les enfants allèrent au sommet de la colline jusque tard le soir. Quand Ween rentra de l’école, elle rencontra des êtres merveilleux. En tout cas, c’est l’impression qu’elle eut. Ils étaient aériens, blancs et grands. Mais c’était des Homs. Ils avaient la faculté de se donner une autre apparence que la leur. Ils réussirent à la convaincre qu’elle devait leur remettre la boîte, pour qu’ils la mettent en sûreté. Bonne prévoyance en réalité que celle de Tim…

A ce moment-là, les Alfes pressentirent un grand malheur.

Les Homs partirent avec leur trophée, tout fiers et heureux (si ces créatures étaient capables de l’être). C’est à ce moment que les enfants rentrèrent. Ils virent leur mère dans un état de béatitude.

« J’ai protégé la boîte de Eel… Des créatures superbes sont venues et ont emporté la boîte, pour la mettre en sûreté. Les Homs ne l’auront pas. »

Mais les enfants comprirent. Tim alla dans sa chambre en courant et rangea toutes ses affaires. Ou du moins ce qu’il pouvait emporter... Puis il dit à Eole et à Ween d’en faire de même.

« Nous ne pouvons rester ici. Lorsqu’ils s’apercevront de leur erreur, ils se vengeront. Si nous partons, ils finiront par nous retrouver, mais ça nous laisse un peu de temps. Dépêchez-vous. »

Ween semblait incrédule. Elle ne comprenait pas un mot du discours de son fils. Pourquoi les Homs ? Quelle erreur ? Se venger de quoi ? Elle fit cependant son sac, comme il lui avait ordonné.

Lorsque la Lùn fut entièrement caché aux limites du monde, derrière la brume, tout fut près. La famille partit à pieds, vers l’Est.

Ils s’engagèrent, sac au dos, sur les plaines qui mènent au Mont Gris. Ils ne voulaient pas passer par Neostaa pour ne pas se faire remarquer. Il faisait nuit, ils se dirigeaient sans bruit, gardant le cap grâce à une petite boussole. Ils marchèrent toute la nuit durant, ne rencontrant que des agriculteurs ou des bergers rentrant chez eux. Au matin, ils parvinrent à la première colline proche du Mont Gris. Ils se cachèrent derrière un talus pour déjeuner et se reposer. Le paysage ici était totalement différent de celui de Svaal. Paysage désolé. Il y avait peu d’arbres, mais quelques buissons d’épineux. L’herbe était presque jaune. Aucun ruisseau, ici. Quelques sources qui surgissaient au milieu d’un champ. Il fallait s’allonger pour boire. Le seul village qu’ils voyaient était sur une autre colline. Il semblait froid, triste et vide. Et gris…

Après quelques heures, ils repartirent vers le Nord. Au bout d’une marche épuisante le long d’une côte sans fin, ils parvinrent sur une hauteur. De la, ils dominaient toute la plaine, bien qu’ils ne fussent qu’à quelques centaine de mètres au dessus du niveau de la mer. Ici, des nuées de moustiques leur piquaient les bras, les jambes, le visage. Ils furent obligés de s’arrêter encore une fois, dans un petit ravin qui ne semblait pas plaire aux insectes. Eole était épuisée, son corps entier la démangeait…Elle avait de la fièvre. Il faisait nuit. Ween connaissait quelques plantes guérisseuses, mais ici, il n’était même pas la peine de penser à chercher des plantes. De plus, personne ne savait où ils se trouvaient… Ils devraient donc se débrouiller.

Ils repartirent peu après, Eole sur les épaules de son frère.

Peu à peu, l’herbe redevenait verte et épaisse, les arbres apparaissaient… Au bout d’un moment, ils arrivèrent dans un endroit paradisiaque… Ils étaient sur une petite colline, au milieu d’une toute petite forêt, qui était constituée tout au plus par quelques arbres. Un petit ruisseau serpentait dans les rochers, se finissant en une petite cascade. L’endroit était frais, on avait envie de s’y reposer et d’écouter le silence du ruisseau…

Ils s’arrêtèrent donc un moment pour souffler… Jusqu’au soir en fait… Ils étaient tant épuisés qu’ils s’endormirent… Ils n’eurent heureusement pas de problème pendant leur sommeil…

Quand le soir commença à tomber, ils se réveillèrent en même temps, par un curieux hasard… Ils se sentaient en pleine forme, Eole allait beaucoup mieux… Ils décidèrent donc de repartir en direction du Nord.

Ils marchèrent d’un pas léger et rapide, ce qui leur permit d’arriver à la pointe noire le lendemain matin, peu avant l’aube. A cet endroit, l’herbe disparaissait subitement et laissait place à un sol en lave noire, probablement le résultat d’une ancienne irruption. Cette coulée s’avançait jusqu’à la Maar, ou elle laissait enfin la place à un sable blanc et doux. La Maar était bleue et verte, comme c’était le matin, elle était également parcourue de reflets roses ou jaunes…

Là, les Alfes leur offrirent un navire blanc comme neige, fait de bois blanc et de glace. La mère se demanda pourquoi ils étaient aussi gentils avec eux, car les enfants avaient pénétré dans leur domaine, la Forêt, chose pourtant interdite. De plus, pensait-elle, il n’y avait pas de raison particulière qui les poussait à les aider… Mais, complètement vidée, elle avait suivi son fils en aveugle, comme une somnambule ; elle l’aurait suivi n’importe où sans poser de questions.

A l’aube, ils prirent la mer. Le navire des Alfes filait comme le vent, toujours blanc et gracieux. La Maar était calme, et frémissait sous le vent.

Quelques Molltes les accompagnaient dans leur vol gracieux… A leurs côtés nageaient d’énormes Huos avec leurs petits, car c’était la saison des amours…

En trois heures seulement, ils parvinrent à la côte Sud d’Aasla, près de la petite ville de Troó.

L’île était très belle, mais moins que Noótar. On apercevait des collines et, au loin, une forêt. Eole, Tim et leur mère s’avancèrent d’un pas décidé vers Troó. Heureusement, Eole étudiait la langue parlée sur Aasla… Ils pourraient au moins se faire comprendre. Car sur Aasla, personne ne parlait le Gaé, la langue de Noótar. Un différend très ancien séparait en effet les deux peuples…

En effet, lors de la migration des humains à travers la Brume, certains, les Gaes, avaient décidé de suivre les Alfes, ceux qui les avaient sauvés… Ceux la s’installèrent sur Noótar et vécurent heureux avec leurs amis les Alfes verts… Les autres par contre, avaient renié ces êtres étrangers et bizarres… Ils n’aimaient pas beaucoup ceux qui avaient choisi l’aide et la facilité, ceux qui n’avaient pas su se débrouiller… Ils s’installèrent sur Aasla… Ils eurent du mal à survivre au début, puis s’adaptèrent et vécurent heureux eux aussi, avec un bémol : ils avaient renié leurs amis…

En approchant de Troó, ils virent la forêt plus nettement… Bois de Gayam, était-il indiqué sur la carte de Tim… Les arbres ne ressemblaient à rien de connu pour les Gaes… Les feuilles étaient très grandes et très larges, d’un vert mousse très foncé… La forêt semblait épaisse, profonde et sombre, presque étouffante…

Peu de monde habitait cette ville, ils purent donc trouver une maison abandonnée pour se cacher. La coutume dans l’Archipel voulait en effet qu’une personne puisse vivre dans une maison si elle n’appartenait à personne ou si elle n’était pas habitée.

Ils s’installèrent donc dans cette maison, en bordure de la forêt. Elle était un peu plus petite que la précédente. Il y avait une pièce principale, claire et lumineuse, au sol de pin et aux murs blancs, trois chambres, une petite salle d’eau et une petite cuisine. Dans cette maison régnait une atmosphère de précipitation, des chaises gisaient au milieu de vêtements souillés de sang et de boue et de vaisselle, propre ou sale, elle semblait avoir été quittée en vitesse… Son précédant propriétaire avait eu à partir très vite…

Maintenant qu’ils étaient enfin au calme, Ween avait des questions et désirait des réponses. Ils décidèrent donc tous trois de s’asseoir dans la pièce principale, et de discuter un peu des événements récents…

« Jusqu’à maintenant, je vous ai suivie comme une aveugle, sans poser de questions, sans avoir mon mot à dire. Mais à présent, j’exige des explications.

« Pourquoi avons-nous déménagé ? Quelle est cette histoire d’erreur, d’Homs et de vengeance ? Pourquoi avez-vous pris peur lorsque je vous ai annoncé que j’avais confié la boîte à des êtres merveilleux pour qu’ils la mettent en sûreté ? Pourquoi les Alfes ont-ils été aussi gentils en nous aidant et en nous offrant un navire ? Pourquoi mon mari a-t-il disparu ? Pourquoi… ? Pourquoi… ? POURQUOI ?? »

Elle s’était mise à trembler, puis à pleurer.

Les enfants lui expliquèrent tout ce qu’ils savaient : les « êtres merveilleux » n’étaient autres que des Homs déguisés, les Alfes étaient leurs amis, ils avaient échangé les objets de la boîte par d’autres, c’était pour cela que les Homs étaient probablement à leur poursuite et qu’ils devaient fuir…

Pleurant de plus belle, Ween dit qu’elle avait fait une énorme bêtise, et que tout était de sa faute. Elle s’écoeurait elle-même d’avoir mis ses enfants en danger…

Les enfants finirent par réussir tant bien que mal à la consoler…


17:05 Écrit par Lya Remy dans Romans | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

........ la suite la suite................................

Écrit par : lilis | 11.05.2005

... Eh oui vous l'aurez mais il y a deux points qui retardent :
- Je veux donner chaque chapitre en premier à ma soeur
- J'ai deux ou trois chapitres presque finis mais je les mettrai uniquement dans quelques temps pasque sinon après j'en aurai plus et vous attendrez vachement longtemps ! Je pense que c'est mieux si c'est régulier et moins souvent.....

Écrit par : Gayam | 12.05.2005

........ bon mon précédent commentaire n'était pas très constructif je l'avoue et en plus tu fais ce que tu veux mais bon je trouve frustrant quand je lis quelquechose de devoir m'arreter c'est tout mais c'est pas grave mes moindres désirs ne sont pas toujours satisfait.

Écrit par : lilis | 12.05.2005

..................................................... (C'est marant les titres avec seulement des points) Bon... Je suis d'accord avec Lilis... Sur tout ce qu'elle dit :
D'abord, ses moindres désirs ne comptent pas...
Ensuite, ikl nous faut la suite (les miens par contre, ils comptent !)
Et... Voilà !
Alors comme elle l'a si bien dit :
"la suite la suite.................................."
En fait je me rends compte qu'elle l'a pas si bien dit que ça... Même pas de MAJUSCULE, auquelles elle est allergique... Enfin passons pour cette fois...

Écrit par : Frenabis | 04.06.2005

... Oui oui la suite est en cours d'écriture ! Mais en même temps, vu que je fais pas que ça de ma vie, c'est dur dur...

Écrit par : Gayam | 05.06.2005

pas de point aujourd'hui oui et bien peut-être devrait tu ne faire que cela de ta vie! mais non je rigole mais on attend quand même avec impatience la suite!

Écrit par : lilis | 13.06.2005

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