11.07.2005
Il ne viendra pas

« Il ne viendra pas. »
Cette phrase retentit à ses oreilles telle la sentence d’un condamné à mort. « Il ne viendra pas… » Elle ne pouvait l’accepter. Elle ne voulait pas être condamnée à mort. Elle voulait vivre. Et vivre, signifiait être avec Lui pour l’éternité. Elle se retourna vers son amie, qui était venue lui briser le cœur. Celle-ci semblait gênée de devoir lui apprendre la triste nouvelle. Mais elle ne sut jamais ce qui se passait dans le cœur de la jeune fille. Celle-ci lui adressa un sourire un peu amer, se détourné du quai de la gare et partit, lentement.
Elle longea les immeubles, tel un fantôme flottant dans la nuit, puis partit en direction de la rase campagne. Elle ne voulait pas voir les lueurs diffuses des lampadaires, elle ne voulait pas entendre les cris de joie des enfants qui sortaient du cirque, elle voulait goûter encore un peu à la solitude et à la pénombre, elle voulait écouter le silence, qu’elle avait évité depuis quelques temps, elle voulait se retrouver avec elle-même, et penser…
« Il ne viendra pas. »
Ces mots résonnaient à ses oreilles, comme un disque rayé qu’on ne peut plus arrêter. Elle secoua la tête, se boucha les oreilles. Mais ils étaient toujours là, comme gravé dans son âme. Elle ne savait même pas la raison de ces mots qui l’avaient brisée en un instant. Elle ne parvenait même plus à pleurer, tant la douleur était présente. Au détour d’un chemin, elle s’effondra au sol, et resta allongée, au milieu de la route. Elle regarda le ciel, elle regarda l’horizon. Elle ne pensait plus à rien. Sa tête était devenue vide. Il lui semblait qu’une partie d’elle-même était morte.
Au bout de quelques minutes blanches, elle se mit à pleurer. Des larmes amères et désespérées. Le flot de larmes ressemblait plus à une rosée matinale qu’à un torrent, mais il était bien présent. Les larmes coulaient sur ses joues, lentement, elles prenaient leur temps, pour aller s’écraser sans bruit sur la route. Elle finit par se relever, non sans mal. Les yeux dans le vide, elle marcha. Elle marcha seule, dans la nuit, sans bruit. Le vent sécha peu à peu ses larmes. Elle arriva à un gouffre.
« Il ne viendra pas. »
La phrase continuait de sonner dans sa tête. Mais elle n’y fit pas attention. Elle voulut connaître la sensation qu’éprouvent les oiseaux en vol. La sensation qu’elle recherchait depuis toujours. Un sentiment de liberté et de bonheur. Elle s’approcha du vide, lentement, pas à pas. Une ultime larme perla au coin de son œil gauche. Elle se retourna, regarda la ville, au loin. Une ville qui ne lui avait jamais apporté que des tristesses et des malheurs. Elle fit encore un pas. Son pied droit était à moitié dans le vide. Elle regarda au loin, au-dessous d’elle. La mer rugissait en venant s’écraser contre les rochers.
L’autre pied vint rejoindre le premier. Elle prit une longue inspiration. Dans un élan désespéré, ses deux pieds quittèrent la falaise, à l’unisson…
« Il ne viendra pas. »
Cette phrase résonna une dernière fois dans son esprit. Mais elle sursauta. Quelqu’un lui parlait, en face d’elle. Elle secoua légèrement la tête. Elle n’était pas en train de tomber d’une falaise, telle un roc. Elle était dans une gare, et devant il elle se trouvait… Une boule de joie se forma dans son ventre et remonta le long de son cœur, jusqu’à son œil gauche, où perla une ultime larme, de bonheur cette fois.
02:20 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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