30.09.2005
Un inconnu
Ma maison, bien que parfois un peu triste, est la plus merveilleuse qui soit. Pour rien au monde je n’en changerai. Ma maison est la plus grande je pense. Mais elle n’en perd pas son charme. Elle accueille des gens venus de tous horizons. Je pense qu’il n’y a pas une personne de la ville, et même du Monde, qui n’y soit venue. Ces gens ne me saluent pas toujours, mais qu’importe. Car quand enfin, un petit enfant approche afin de me tendre quelques pièces pour manger, me fixant de ses grands yeux bleus d’ange, c’est tellement beau ! Le firmament pour toit, une demeure infinie, quoi de mieux ? Même pour un palace, même pour tout un empire, je ne quitterai pas ma maison. Et pourtant, il arrive que les temps soient durs. Parfois, je ne mange pas de plusieurs jours. Quelquefois, un adulte, pris de pitié, me donne deux ou trois piécettes, deux ou trois centimes. Je dois alors les garder, attendre d’avoir assez pour les dépenser, et ainsi acheter du pain bien chaud ou autre chose
Mon meilleur souvenir remonte à quelques années. C’était l’hiver. La poudreuse fraîche était illuminée par le soleil de midi. J’étais assis tout près de la bibliothèque, l’un des lieux qu’il m’a été donné de voir que je préfère, sans aucun doute. Les gens passaient en feignant ne pas me voir, et je les admirai en silence, les yeux grands ouverts. Tous ces gens qui passaient ensemble au même endroit, du même pas pressé, sans même se saluer, me fascinaient. Je ne savais rien d’eux, je ne connaissais qu’un lieu où leurs pas les menaient. Et je n’oubliais presque aucun visage. Soudain, un homme que je n’avais jamais vu, s’avança vers moi. Il semblait avoir dans les trente ans, et n’était pas enfermé dans l’un de leurs costumes ridicules… Malgré le froid, ses bras se balançaient nus le long de son corps fin. Un pantalon de toile légère recouvrait ses longues jambes. Il portait un grand manteau à la main, enroulé sur lui-même.
A ma grande surprise, cet homme me fixait, tout en souriant ! L’homme mangeait une sorte de sandwiche. Ou plutôt, il le tenait de sa main libre. Et il avançait tranquillement vers moi. A quelques centimètres de moi, il s’arrêta de marcher, et rompit son pain en deux, et il me tendit la moitié la plus grosse, en silence, un sourire radieux pendu à ses lèvres. Quelque peu intimidé, j’hésitai à prendre ce qu’on m’offrait, mais la faim et la reconnaissance l’emportèrent, et j’attrapai le morceau de pain ; il sortait du four. Je dévisageai l’inconnu avec insistance, très étonné. Mais il ne semblait pas s’en soucier le moins du monde. Pour lui, cela semblait être tout à fait naturel. Il s’assit à ma gauche, et commença à manger ; je l’imitai. Quand enfin nous fûmes repus, j’engageai la conversation. Mon homme avait beaucoup d’esprit, et il était très intéressant. Nous discutâmes jusqu’à la nuit tombante, nous étions dans un autre monde qui n’appartenait qu’à nous
Je ne voyais plus les gens passer devant moi sans me voir, je n’avais d’yeux et d’oreilles que pour cet homme qui se trouvait à mes côtés. Quand le soleil déclina derrière les tours de verre, l’inconnu prit congé de moi. J’avais passé une journée merveilleuse. Mais avant de partir, le jeune homme aux bras nus m’offrit son manteau. Un beau manteau de fourrure synthétique noire, bien chaud. Il me servirait de nombreux hivers durant, j’en étais persuadé.
C’est le seul. Le seul à n’avoir pas laissé tomber négligemment quelques piécettes, quelques centimes. A m’avoir offert un peu de son temps, un peu de son repas. Il est si aisé de se débarrasser de quelque monnaie encombrante. Cela ne prend guère de temps, cela n’engage à rien. Cela donne bonne conscience. Mais il est tellement plus dur de s’arrêter un instant, de saluer… Mais même pour le salut d’un homme pressé, je pense que je ne quitterai pas ma demeure infinie, mon firmament pour toit. Car j’ai toujours à l’esprit le souvenir de cet homme si bon, et son souvenir restera gravé en moi à jamais, je le sais.
18:17 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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Commentaires
Coucou TOujours de superbe textes a ce que je vois ^^ Domage que tu puisse toujours pas me rajouter sur msn... Sinon ca va les cours ? Pas trop dur ? Moi comme d'hab glandu de premiére^^ Enfin bon ca va je m'amuse bien
Écrit par : Darkscar | 01.10.2005
Toujours... Ton site est toujours aussi beau , je ne me lasserais jamais de lire tes histoires , en écoutant cette magnifique musique , tout ca donne a ton site un caractère ...Magique !!!
Écrit par : Darkscar | 01.10.2005
Très beau... Je viens de temps en temps ici voir s'il n'y a pas un nouvel écrit à me mettre sous la dent, et je suis toujours heureuse d'en trouver un à lire... Un très beau texte encore une fois. D'autant que... Je ne sais pas... Il est toujours doux de lire une petite histoire mettant en scène quelqu'un de bon. Bien oui, c'est peut-être un peu bête à dire mais je trouve cet écrit porteur d'espérance... Voilà, merci donc de ces savoureux instants de lecture, puis continue surtout... Je serai une fidèle lectrice.
Passe une bonne journée, bisous...
Écrit par : Saliak/Luminelya/Chloé | 02.10.2005
Un peu d'amour Comme d'hab un super texte (ainsi que les trois autres que je viens de découvrir) mais celui-ci a en plus l'avantage de nous prouver que de rendre dépent uniquement de petit geste.
J'adore soeurette, c'est superbe!!
Gros gros bisous
Écrit par : ZOUZOU | 05.10.2005
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