29.10.2005

Le lynx



Dehors, la neige tombe. Une multitude de cristaux glacés aux formes harmonieuses se dépose en douceur au sol. Des dunes immaculées se forment, luisant dans la clarté limpide du jour. Mais quelque part, cette beauté sauvage, ce tapis merveilleux, est légèrement tassée. Un lynx y dort, roulé en boule, tel un chaton. Ses yeux sont recouverts d’une fine pellicule blanche. Sa fourrure, jadis soyeuse et brillante, devient plus clairsemée, plus fragile. Un enfant, à ses côtés, rêve.

Il rêve au temps où il devint ami avec le grand félin, au temps où ils jouaient ensemble dans la neige. De temps à autre, sa main rougie par le gel glisse entre les poils de l’animal. Une larme roule alors doucement sur sa joue, avant de mourir au coin de ses lèvres. L’enfant n’a aucune idée de l’âge de son ami. Mais il sait. Quelque chose en lui d’indescriptible, profondément enfoui, le lui dit. Il ne saurait définir cette sensation. Une sorte de malaise mêlé à un amour décuplé à l’infini, un amour que jamais avant il n’avait éprouvé… Une petite voix qui répète en lui depuis le matin : « Il a besoin de toi. »

Le petit garçon regarde presque sans regret s’éloigner ses parents, en route pour le cirque. Et pourtant, il l’avait attendu depuis longtemps, ce jour… Il en a rêvé, de ce spectacle haut en couleur, avec ses clowns, ses dompteurs et ses acrobates ! Mais il s’est résigné, il n’ira pas au cirque. Du moins, pas en ce jour funeste. Il attendra. Sa décision a étonné, et même vexé ses parents, qui eux, ne comprennent pas. Ils ont économisé pour ce spectacle, miette après miette, piécette après piécette. Ils ne comprennent pas, ou peut être ne cherchent pas à comprendre. Aucune voix en eux ne résonne, aucun malaise mêlé à un amour décuplé à l’infini. Pour eux, le lynx est un lynx. Mais pour le petit garçon…

Le lynx ronronne faiblement, comme il aime à faire en présence de son ami. Alors le petit garçon s’allonge à ses côtés et ferme les yeux, les doigts plongés dans cette fourrure tant aimée. Il ne veut pas penser, mais il le sait. Déjà, la chaleur du félin s’étiole peu à peu. Il le sait, et il a peur. Car une voix en lui le lui dit : ce jour blanc est le dernier que verra le lynx. Quand les parents du petit garçon rentreront, son cœur serait à jamais arrêté. En pensant à cela, une nouvelle larme coule, le long de sa joue, puis glisse de son menton dans la neige, creusant au passage un petit trou blanc.

14:10 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

Une larme Très très émouvant. Une larme s'est échappée de mon esprit et a roulé sur ma joue, mon coeur s'est serré.
J'adore car tu nous fait vivre toutes sortes de sentiments.
Merci soret.
Bisous

Écrit par : ZOUZOU | 02.11.2005

*Silence* Je viens une nouvelle fois te féliciter pour tes écrits... Celui-ci est très beau, particulièrement touchant... Une plume peut être belle, élégante, racée, et tous les autres qualificatifs que l'on peut employer, mais pour ma part, ce que j'apprécie par dessus tout, c'est qu'elle transmette également des émotions. C'est le cas de la tienne, donc bravo à toi... C'est toujours un plaisir que de te lire.
Bisous et bonne soirée, au plaisir de te recroiser, dans mon Silence ou peut-être sur msn.

Écrit par : Saliak/Luminelya/Chloé | 04.11.2005

OUAI VIVE LA NATURE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : Shamis | 09.11.2005

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