13.01.2006
Si oiseau j'étais
Et voilà le texte associé au dessin posté le 31 décembre :D Il s'agit d'un concours auquel j'ai participé. Je n'ai pas encore les résultats, mais ne vous inquiétez pas, vous serez tenus au courant ;D Je vous laisse découvrir, en espérant qu'il vous plaise... ^^
Si oiseau j’étais…
Au fond de son œil gauche, une larme. Larme d’un enfant en mal-être, larme d’incompréhension, peut-être. Au travers des sourires et des regards, aux phrases compliquées qu’il ne parvenait pas à interpréter et à son besoin de tendresse silencieuse, il avait compris qu’il était différent. Il en était conscient, mais ne pouvait déterminer d’où provenait cette différence. Probablement de son incapacité à extérioriser ses sentiments autrement que par des balancements d’avant en arrière et des murmures rythmés qui ne comportaient aucun mot… Ou bien peut être du fait que les autres avaient toujours des mots pour décrire ce qu’ils ressentaient, alors que lui-même ne pouvait que plonger son regard rêveur dans celui, froid, des autres, en souriant faiblement…
Ses yeux de cendres balayèrent une nouvelle fois l’horizon. Il étouffa un sanglot, et la larme roula le long de sa joue sale. C’était merveilleux. Toutes les fois qu’il avait vu les flots brillants du fleuve, son ventre s’était serré. Cette fois encore… Il n’aurait su décrire ce qui lui plaisait dans ce fleuve qui s’étendait à perte de vue, mais il savait que quelque chose l’attirait sur ce pont de bois. Ses yeux s’arrêtèrent un instant sur un point, au loin, qui brillait. C’était beau. La seule pensée qui lui venait à l’esprit : ce simple mot, « beau ». Il ne voyait pas une étendue limpide brillant de mille reflets dorés, mais seulement ce « beau » qui l’étreignait.
La larme continua de couler dans son cou. Il ne chercha pas à l’en empêcher. Il est des fois où il vaut mieux pleurer que garder sur soi le poids de sa tristesse. Comme il le faisait souvent quand le malheur l’étouffait, il se mit à gémir doucement, et à se balancer d’avant en arrière. Cela lui faisait-il du bien ? Lui-même n’aurait su le dire. Peut-être… Ou peut-être pas. Mais quelle importance ?Le petit garçon repensa aux derniers jours, les yeux dans le vague. A vrai dire, aucun mot ne lui vint à l’esprit. Il revit simplement quelques images gravées dans sa mémoire, et qui l’obsédaient.
Il se trouvait au centre de la cour, tout seul, debout, admirant un oiseau, au loin. Ils étaient tous là, autour de lui, le regardant avec des yeux moqueurs, des sourires leur tordant le visage. Les insultes fusaient. Le malaise s’insinuait en lui, toujours plus présent et plus oppressant. Sa tête lui tournait. Qui étaient-ils, tous à rire de lui ? Et que faisait-il ici ? Le menton relevé, il leur faisait front. S’il en avait eu besoin, il n’aurait pas hésité une seule seconde à se battre. Malgré son corps frêle. Les petites filles, les jeunes garçons, tous lui faisaient des grimaces. Et lui, perdu au milieu de cet océan de haine, ne savait plus que faire. Alors il détachait ses pensées et son regard de la cour, et cherchait un refuge, à l’intérieur… Le noir. Quelques minutes ou quelques heures plus tard, il se retrouvait chez lui, entre ses parents qui se disputaient. Cette scène, il l’avait vécue souvent, ces derniers temps. Ce souvenir lui était pénible ; aussi, une nouvelle larme perla au coin de son œil.
Personne ne l’aimait, il en avait la certitude. A commencer par les enfants. Jamais ils ne lui avaient proposé de jouer avec eux. Il n’aurait certes pas accepté si ça eut été le cas… Cependant, une marque d’amitié est toujours la bienvenue pour celui que tout le monde croit vide et qui ne l’est pas.
Les professeurs discutaient de lui comme d’un enfant débile mental qui ne comprenait rien à rien. Mais c’était faux. Il n’y avait que les autres qu’il ne comprenait pas. La nature, la vie, la poésie, tout cela, il le comprenait. Il savait avec précision les noms des plantes et des oiseaux, des mammifères et des pierres. Souvent, il parlait en murmures à la mer ou aux aigles qui planaient, tout là haut, au firmament.
Même ses parents ne le pouvaient comprendre. Selon eux, il était la source de leurs malheurs. Ils ne parvenaient à l’aimer. C’était si éprouvant d’éduquer un enfant qui n’en faisait qu’à sa tête, sans réfléchir jamais ! Mais il ne pouvait se résoudre à obéir à des injonctions dont il ne comprenait pas le fondement…
Ce matin là, il s’était réveillé à l’aube, en sueur, au sortir de quelque cauchemar. Il avait ouvert des yeux mélancoliques qu’il avait promenés de droite à gauche dans sa chambre. Une chambre bien triste, composée d’un lit gris et d’une vieille table. Il n’y avait pas d’intérêt à offrir de beaux jouets à un enfant qui n’en semblait pas plus heureux, sans doute. Il avait enfilé ses chaussons sans y faire attention, puis s’était dirigé vers le salon, où ses parents se disputaient. Un « Bonjour » excédé avait jailli de la bouche de sa mère, mais il n’y avait pas répondu. Son regard avait glissé sur ses parents comme sur tout ce qui se trouvait dans la pièce : la télévision, la bibliothèque, tout était pour lui étrangeté. D’un pas régulier, presque mécanique, il était sorti du petit pavillon, et avait enfin ouvert ses poumons à l’air environnant. Il avait avancé plusieurs minutes durant, avant de rencontrer deux enfants de sa classe. Deux enfants de six ans qui passaient leurs journées à le railler. Ils lui avaient lancé quelques cailloux, puis étaient partis en courant. A nouveau, le petit garçon avait senti que nul ne l’aimait. Sans réfléchir plus longuement, il avait suivi son instinct vers le Sud, vers le fleuve. Son seul havre de paix et de tranquillité. Il avait parcouru nombre de rues grises, lancé des regards vides aux passants, et était enfin arrivé au pont, son pont.
Il se sentait éperdument seul dans la peau d’un étranger. Peu à peu, sa tête se remit à tourner. Ses murmures devinrent plus aigus et plus puissants. Son balancement se fit plus ample. Le soleil et ses reflets lui brûlaient le visage, alors il ferma les yeux du plus fort qu’il put. Le bois du pont tanguait sous ses pieds, et le vertige s’installa, à la fois effrayant et attirant. Quand le petit garçon rouvrit ses yeux cendrés, il était au bord d’un gouffre de dix mètres. Il admira quelques instants les ondes, sous ses pieds, qui se jetaient avec une force incroyable sur des récifs tranchants, déjà quelque peu tachés de sang. Qu’ils étaient beaux, ces rochers ! D’un blanc pur de neige, tout juste un peu rougi par endroits, et brillant de cristaux de quartz. Il aurait aimé les goûter, et avec eux les flots limpides et violents qui descendaient à ses pieds. Un instant, une envie irrépressible le saisit, et il attrapa la barrière afin de l’enjamber, de réaliser son rêve de toujours : voler, tel un oiseau… Plonger, le cœur empli d’allégresse, pour rejoindre ses amis les aigles, et goûter au plaisir d’une vie sans plus de malheurs, sans plus de tristesse ni de désespoir. Une vie de contemplation et de plénitude, tel était son désir.
Mais au moment où il allait lâcher prise, il fut arrêté dans son élan. Loin, au-dessous de lui, un jeune aiglon se posa en douceur. Un magnifique oiseau blanc au plumage immaculé. Sans bruit, sans chant, il tourna ses yeux d’or vers le petit garçon. Des yeux pleins de douceur et de bonté. Des yeux d’ami. Plusieurs minutes durant, tous deux se fixèrent, et le petit garçon comprit le message, bien qu’il ne fût convaincu par les paroles muettes de l’oiseau. Quand celui-ci s’envola, le petit garçon murmura un mot que jamais encore il n’avait prononcé : « Adieu ». Il éprouvait un profond respect pour celui qui était venu le rassurer.
Peut-être l’oiseau avait-il raison. Peut-être était-il incapable de voler, comme ceux que tant il admirait. Peut-être son envol ne serait-il que la fin de sa vie. Mais finalement, il ne savait pas si sa vie était préférable à une mort aussi belle et agréable… Et puis, la mort, ce mot n’évoquait rien pour lui. Son évocation n’était qu’un vide. Un trou noir. A nouveau, il se prépara à plonger. Mais avant toute fin, aussi belle fût elle, il désirait admirer une dernière fois ce qui avait fait son seul bonheur huit ans durant. Son regard se porta vers l’avant, vers l’horizon. L’oisillon voletait avec délectation, auprès de sa mère qui lui enseignait ce qu’elle savait.
Le petit garçon eut un pincement en pensant à ses parents. Ils ne lui avaient jamais rien enseigné. Leur fils n’était pour eux qu’une immense déception, qu’un fardeau un peu trop lourd à porter. Après tout, sa disparition n’aurait été qu’une satisfaction pour tous. Débarrassés d’un boulet, tous se seraient sentis plus libres. Telle était sa sensation en cet instant. Il desserra les doigts de sa main droite, et se balança au-dessus du vide, retenu uniquement par une main. Le paysage défilait sous ses yeux émerveillés, et il sentit que sa main glissait. Malgré son désir ardent de voler, il fut un peu effrayé en sentant que ses pieds ne reposaient plus sur le pont. Mais le bonheur l’emporta. Pour la première fois, le petit garçon hurla de joie, et ses yeux s’ouvrirent en grand. Le plongeon fut splendide…
Les ondes coulaient toujours, le ciel était bleu. Sur les planches du pont, une goutte salée aux reflets d’or… Une larme.
20:07 Écrit par Lya Remy dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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Commentaires
pour une cousine vraiment doué texte prenant, fin prenante.
Très beau texte!
Continue...
Écrit par : Tommy^^ | 14.01.2006
Encore une bien belle composition... Douce Amandine,
Ce n'est pas le premier texte que je lis de toi. Mais à chaque découverte, je les trouve toujours plus beaux. Celui-ci en est un qui témoigne à merveille de ta sensibilité et de ta douceur à retracer ce que tu vois dans ton coeur, cela m'a bien émue. Tes mots sont légers, précis, superbes, j'aime à te lire, tes écris m'émerveillent toujours et je ne me lasse jamais de cette douce impression.
Je ne le répèterai jamais assez, Amandine, tu as un don pour l'écriture. Quand on me demande de lire des textes, je ne suis jamais très consentente car je sais ce qui m'attend : des ébauches lourdes qui visent à imiter le style des Grands, mais qui les parodient plus qu'autre chose. Mais quand ce sont tes textes que je lis, c'est tout autre chose et jamais je ne m'en lasse, jamais ce n'est une corvée, c'est toujours un plaisir intense de suivre des mots qui mènent à ta façon de voir.
J'espère avoir de nouvelles occasions de lire tes oeuvres, ce sera toujours un bonheur et un honneur sans pareils ;)
Je souhaite de tout coeur que tes talents soient reconnus lors du jugement des textes de ton concour, car vraiment, ils le valent amplement. Tout mon soutien et toutes mes félicitations t'accompagnent ;)
Avec tout mon respect et toute mon amitié,
Claire, alias Filepydhe.
Écrit par : Filepydhe | 14.01.2006
42 C'est beau, vraiment, c'est sensible aussi, et bien écris. Une faute de syntaxe peut-etre "Même ses parents ne le pouvaient comprendre" "ne pouvaient le comprendre" serait plutot mieux, m'enfin, je chippotte.
Sinon, eh bien, je ne suis pas complétement emballé par le texte a vrai dire.
Parceque la forme c'est une chose, le fond en est une autre...
Certes, et je me répète, c'est bien écris, les mots sont justes...mais franchement, je trouve le sujet un peu lourd, c'est trop caricaturé (persone ne me comprend, personne ne m'aime, sauf les oiseaux! -.-), jtrouve ça pas assez mature, ya pas de véritable réflexion derrière, je trouve ça trop simpliste.
Du coup, toutes tes belles tournures de phrases, richements etoffés d'un vocabulaire bien fournit...eh bien, tout ça, perd de sa beauté, et presque de ça crédibilité, tant ce que ce que tu habilles avec ton style est creux.
Bon, j'y vai un peu fort, surtout pour la dernière phrase, mais jtrouves la formulation marrante... Bref, non pas que le sujet est totalement nul, loin de là, mais il n'est pas à la hauteur du style. (mieux comme ça)
Mais ça reste mon humble avis, et peut-être que je suis pas du tout objectif en étant allergique aux sujets "tire-larme"...
Jte souhaite bonne chance pour ton concour, vraiment, car t'as du talent (lol, j'étais trop négatif dans mon comm jusque là), et jpense que un bon resultat devrait te motiver, et te donner l'espoir requis pour devenir la nouvelle Tolkien ;)
++
Écrit par : Malorien | 14.01.2006
A quand le retour du lutin? Que dire, ou plutôt qu'écrire. Il est tellement plus simple ou d'adorer ou de detester, mais quand on trouve qu'un texte est bien sans pour autant l'avoir détesté, il est plus difficile d'en parler, du moins pour moi.
Je dirai juste, que j'ai trouvé ce texte d'une très belle écriture, et le sujet est interessant, mais (et oui il faut bien un mais quand même) d'après moi, je trouve qu'il ressemble, du moins par la façon dont le sujet est tourné, à certains autres textes que tu as écris mais sinon rien de plus.
Oh et quand au titre de ce commentaire très constructif, c'est je pense que tu l'aura deviné, une exhortation à la suite de l'histoire heureuse du lutin et de sa femme.
Écrit par : lilis | 14.01.2006
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