23.10.2006

Eternité





Tout semblait fixé, immobile, immuable. Les maisons, toujours semblables, grands blocs de pierres et de bois, se tenaient coites, fières et silencieuses dans la clarté du jour. Les larges murs de pierres respiraient l’immobilisme, la vieillesse. Les plantes elles-mêmes semblaient ne pas vouloir changer, se transformer ; de jours en jours, d’années en années, elles restaient identiques à elles-mêmes, inchangées. L’air semblait vieux, las, lourd, à l’agonie, même. Les forêts, les montagnes, à l’horizon, demeuraient, au fil du temps, identiques. Le jeune homme passait au même endroit, chaque matin, chaque matin, à la même heure, sur le même chemin, au travers des mêmes plantes, devant les mêmes maisons. Tout semblait éternel, rien ne semblait avoir à changer un jour. Immuable et immobile. Telle se voulait la vie en ces lieux.

Il était encore innocent, il était jeune, encore, il ne savait rien des douleurs de la vie, Ô combien perfide, qui se joue de nos peurs, de nos pleurs. Il ne connaissait de la terre que ses couleurs, que ses chants et ses jeux. Son regard s’égarait parmi les arbres toujours semblables, glissait le long des pierres blanches, fuyait au firmament, s’envolait et puis demeurait là-haut, admirait la terre depuis les nuages, se mêlait à la pluie et au vent. Et puis le jeune homme pensait, murmurait des poèmes d’amour, et puis souriait. Il vivait dans un monde qui était autre, il vivait dans un monde fait de rêveries et de poésie, un monde où la vie nous sourit, un monde où les héros surpassent tous les mauvais.

Mais un jour, tout vieillit sourdement. Les arbres avaient perdu de leur jeunesse et de leur superbe, le ciel avait pris des teintes grises. Tout était si beau, autrefois. Le jeune homme était devenu un homme. Comme ça, subitement. Il avait perdu ses rêves, il ne vivait plus dans un monde fait de poèmes et de joies, non. La réalité l’avait rattrapé, l’avait submergé, l’avait englouti. Lui qui croyait tout immuable et éternel avait connu la douleur.

Tout semblait fixé, immobile, immuable. Et pourtant, le temps s’empare de ceux qu’on aime, un jour, nous sépare, et l’on se sent abandonné, et dès lors, on comprend que rien ne sera jamais plus comme avant. Car on a connu la douleur, et les pleurs, et car la peur nous prend, pour ne plus jamais nous quitter totalement. Tout semblait fixé, immobile, immuable. Les maisons n’avaient pas changé, les forêts étaient demeurées les mêmes. Le jeune homme, chaque matin, frôlait ces buissons aux senteurs d’éternité, chaque matin il voyait les montagnes, à l’horizon, toujours aussi belles et majestueuses. Son regard était demeuré gris, mais un éclat de sagesse avait pris la place des pierres étincelantes de joie de vivre. Un vent matinal balaya la large allée pavée, et le jeune homme alors rejeta la tête en arrière, sourit, et hurla son amour. Ce matin-là, son regard ne s’égara pas. Car le jeune homme était devenu homme.

18:42 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

coucou couze ine!
pfff ton texte est très beau! j'aime beaucoup ce texte, mélange de sagesse et de tristesse, tu nous montre, en tout cas moi je le comprends comme ça, que dans chaque mauvaiseté de la vie, il y a du bon, j'en avais besoin! merci!!! biiiise!

Écrit par : cisséle | 24.10.2006

: Finalement assez optimiste comme texte.
J'ai un peu de mal à vraiment me l'approprié;
La douleur apporte la sagesse...
Ya des jours comme ça... ;)

Écrit par : Malorien | 24.10.2006

automne j'aime beaucoup ton texte, il me fait penser à l'éclatant été se transformant en superbe automne
bisous

Écrit par : zouzou | 07.11.2006

C'est marrant, à l'époque j'ai vraiment eu du mal à comprendre où vous voyiez tous l'optimisme de ce texte... et maintenant je crois que je le vois ^^
Sinon je pense que la douleur peut amener la sagesse si on arrive à la dépasser et à avancer malgré elle... parfois, elle nous fait davantage évoluer que si on allait bien, un peu comme l'image du coup de pied au fond de l'océan pour remonter à la surface. J'ai un peu expérimenté ça cette année je pense, le trop plein de malaise peut convaincre de faire enfin quelque chose pour soi et donc de s'élever un peu vers la sagesse. Mais à mon avis, il faut être dans le bon état d'esprit, et ça c'est pas forcément vrai quand on va mal...

Et pour ceux que ça intéresse et qui passent encore par ici de temps en temps, j'ai souvent lu ce texte en écoutant un morceau du jeu Chrono Cross je crois, vous pouvez toujours me le demander ^^

Écrit par : G. | 05.09.2009

Écrire un commentaire