13.12.2006

Fuite





Autour, la foule. La foule qui crie, qui hurle. Des voix surpassent les autres. Des gens plus fous, peut-être, ou bien des marchands ambulants. Explosion de couleurs. Malaise… Tout cela manque d’harmonie. Tout cela est trop varié, trop bruyant, trop coloré. Au milieu, une jeune fille, les bras et les jambes nus, debout, immobile. Comme indolente, elle semble errer au fin fond de ses pensées, elle semble attendre quelque chose. Cependant, elle veille. Ses yeux sont grands ouverts. Elle est à l’affût. Elle a peur. Elle a peur, et ne veut pas le montrer. Elle a honte d’avoir peur, honte de craindre la fatalité, honte de craindre ce qui viendra à coup sûr.

Soudain, elle le voit. Il est là, devant elle, dans son costume noir et gris qu’elle abhorre, ses lunettes noires posées sur son nez. Ses lunettes font peur à la jeune fille, qui ne peut sonder le regard de cet homme. Lui lève son pistolet, elle panique. Elle a peur, plus peur que jamais. Le coup part. Elle court. Elle court pour fuir cet homme, pour fuir son arme. Elle ne se retourne pas. Elle a trop peur. Peur d’être poursuivie. Elle sait qu’elle est poursuivie. Au coup de feu, la foule s’est mise à crier plus fort, comme en proie à une panique irraisonnée. Mais la foule ne l’aide pas. Elle est seule.

La jeune fille court, encore et encore. Elle fuit, le plus loin possible, espérant pouvoir le semer… Impossible, elle le sait. Il la retrouvera toujours. Il lui semble qu’elle tourne en rond. Elle ignore où aller pour lui échapper. Il la retrouvera toujours. Où qu’elle aille. Quelle que soit sa route. Quelle que soit sa vie. Elle ne saurait trouver un lieu de liberté. Utopie. La jeune fille entend des pas, derrière elle, des pas précipités. Ils sont lancés à sa recherche. Bientôt, ils la rattraperont. La jeune fille allonge le pas. Elle veut leur échapper, elle ne veut pas mourir. Elle est trop jeune pour mourir.

Ses yeux se baissent, comme pour éviter de trébucher. Son regard rencontre la route. Elle est rouge, comme teintée de sang. La jeune fille ferme les yeux. Mieux vaut penser à autre chose. Ses pensées se perdent, errent, là où il fait beau, là où elle n’est pas poursuivie. Et soudain, il lui semble voler. Un sang nouveau coule dans ses veines, fait de jubilation et de bonheur. Il existe un endroit où l’on la laissera en paix. Elle en est persuadée. Cette pensée l’aide à avancer, encore, encore. Son pas s’allonge davantage. Elle gagne du terrain. Serait-il possible qu’elle parvienne, enfin, à leur échapper ? Qu’elle trouve une échappatoire ? Non l’une de celles, traîtres, qui vous trompent, et par lesquelles vous retomberez un jour. Mais une véritable échappatoire, qui vous sauve, à tout jamais.

La jeune fille court encore. Son regard a changé. L’on peut certes y voir encore une marque d’effroi. Mais il n’est plus seul. Son regard est déterminé. Elle sait désormais qu’elle peut les vaincre. Plus légère, elle fuit en douceur. Nul n’a pu occulter ce fait. Elle court comme jamais elle a couru. Bientôt, elle sera enfin heureuse. Très bientôt. Un virage. Celui de sa sauvegarde. Elle court encore, regarde autour d’elle. Elle ne voit pas le trait blanc qu’elle foule. Elle ne voit plus qu’une chose. Elle le voit, lui. L’homme armé. Elle est lasse de courir. Lasse de fuir. Ses yeux s’exorbitent. Elle a tourné en rond. Lui n’a pas bougé. Il l’attendait. Il savait qu’elle reviendrait. Elle ne pouvait que revenir. Il n’y avait pas d’issue.

La jeune fille s’effondre, résignée. Elle acceptera la mort, si celle-ci doit se présenter. Mais elle a peur.

Soudain, la foule hurle, plus fort que jamais. Peut-être a-t-il déjà levé son arme vers elle. Elle attend… Rien ne vient. Elle ouvre les yeux. La foule semble nager en plein délire. Tous l’observent, tous l’acclament. Elle entend, petit à petit, arriver ses poursuivants. Elle les aurait semés. Elle en avait la capacité. Mais elle avait fini par en oublier celui qu’elle craignait le plus. Elle les voit arriver, derrière elle, bras et jambes nus, essoufflées. Elles s’approchent d’elle, la félicitent. Elle a gagné la course. Nul ne s’y attendait. Elle ne comprend pas, se relève, les yeux vides, mais non encore rassurés. Puis elle part, ignorant la liesse qui l’environne. Ils ne l’ont pas tuée, pour cette fois. Elle a un répit. La prochaine fois, elle parviendra à leur échapper.

Une jeune fille erre au milieu d’un stade. Autour d’elle, la foule. Dehors, une grande voiture blanche et bleue semble attendre quelque chose…

11:37 Écrit par Lya Remy dans Prose | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fuite, prose, texte |  Facebook |

Commentaires

un texte étrange et prenant... Mon dieu, mon dieu... je n'aurais qu'une chose à dire : quel texte étrange. Quel rythme, quelle danse effrénée dans laquelle tu nous entraînes, et ce mystère qui plane tout le long... je t'avoue que durant ma lecture, je n'avais qu'une hâte : savoir la chute de cette histoire, et elle m'a bien surprise, je peux te l'assurer! je ne m'attendais pas du tout à une scène de championat d'athlétisme si je ne m'abuse?...
Mais il y a quelque chose qui me tracasse sur ce texte et dont je voudrais te faire part : qu'est-ce qui a bien pu te pousser à écrire cela? et surtout, quel est le message?... cette histoire est vraiment intrigante mais ne remet nullement en cause ton véritable don de l'écriture : tu sais t'adapter à toute sorte de situations et le fais vivre au lecteur. Vraiment, chapeau bas!

Écrit par : Filepydhe | 14.12.2006

... Merci pour ton commentaire, Fily =D
Ce qui m'a poussée à écrire ce texte ? Euh... Lol, une inspiration subite, peut-être. ^^ Je ne sais pas, depuis quelques temps, j'aime bien écrire des petits textes un peu "psychologiques" (après mon texte sur l'autiste, Si Oiseau j'étais, et Derrière le miroir, ainsi qu'un autre texte que je suis en train d'écrire pour un appel à texte). Je trouve ça intéressant, il y a une atmosphère un peu étrange qui me plait, et puis ça me change un peu.
Je ne sais pas si cette réponse te convient, mais voilà ^^

Écrit par : G. | 14.12.2006

^^ Ouai c'est pas trop mal.

Peut-être un peu trop exagéré le côté de la peur, mais enfin, c'est un texte stylisé c'est ça? ^^
Les phrases courtes donnent un bon rythme.. à bout de souffle au texte en général, l'ambiance y est.

Après niveau psychologique, j'aurais pris d'autres exemples, mais bon ;)

Écrit par : Malorien | 14.12.2006

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